Crédit photo : Yoan ZORZUTTI

Les masques Gabonais

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L’art sous toutes ses formes est un moyen d’expression des civilisations.

Il est la marque de la culture, de l’organisation sociale, religieuse,  politique et économique d’un peuple à un moment précis de son histoire.

Dans un contexte d’art rituel, il permet aux hommes d’agir et, de vivre en harmonie avec leur milieu. Les masques dans cette logique sont les reflets de l’ensemble des civilisations dans lesquelles ils sont produits, compris et appréciés. Saisir le contenu de ces supports des rites et des croyances, revient à les inscrire dans un univers, tout en gardant en tête qu’il s’agit des produits du génie de l’homme, des facteurs de sociabilité, des témoins d’une vie religieuse ou des rapports étroits avec le sacré. Il devient indispensable, pour comprendre pourquoi et comment ces peuples ont conçu ces objets qui suscitent en nous rêves et émotions, de se projeter dans les fondamentaux de la spiritualité bantu avec son univers constitué des hommes animaux des plantes et éléments minéraux, des éléments du cosmos se tenant grâce à « l’énergie » ou âme. 

Le  masque dans ce contexte, devient tout objet qui permet un déguisement et surtout capable de capter ou polariser « l’énergie » ou l’âme. Qu’il soit masque heaume, facial, cimier, tatouage, simple changement de voie ou de comportement, on doit voir que la société cherchait non pas dans l’esthétique pure pour les fabriquer, mais dans la façon dont elle pensait efficace pour jouer son rôle dans la polarisation d’énergie. La maîtrise de cette force devant amener à avoir une emprise sur tous constituants de l’univers à commencer par l’homme.

Par Oumar Farouk NDOUKOUO,  Anthropologue, Consultant agréé arts traditionnels Bantu  –  A lire :  VOYAGE AUX SOURCES DE L’OGOOUÉ de O.Ndoukouo et G. Coulomb (éditions SILLLAGES)

 

Masque 1 2MASQUE TÉKÉ OU KIDUMU : Haut-Ogooué

Ce masque est utilisé par les Téké Tsaaye dans les rites de la société fermée du Kidumu. Le symbolisme des masques Kidumu est complexe. Le crocodile frontal est un emblème clanique (totem). Les arcs de cercle de la frise du pourtour représentent les phases de la lune tandis que les traits horizontaux symbolisent l’horizon et/ou l’arc en ciel.

Matériaux de fabrication : Bois léger sculpté, Kaolin, Charbon de bois, Ocre d’argile rouge.

Dénomination : masque Kidumu – Localisation géographique : province du Haut-Ogooué

Catégorie d’objet : ethnographique – Ethnie : Téké

Période de fabrication : à la veille des rites de redistribution des forces vitales

Fabricant : sculpteur initié Téké – Hauteur : 37 cm

 

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MASQUE KOTA OU EMBOLI: Ogooué-Ivindo

Ce masque se manifeste au cours de l’initiation des jeunes garçons lors des rites de passage accompagnant la circoncision et au moment des décès. Sa fonction est protectrice : agitant le couteau de jet, mossèlè, à lame en forme de bec de chouette, il semble se battre contre les mauvais esprits, et intimide tout ceux qui seraient tentés de jeter un mauvais sort, il parle avec un ton enroué et guttural.

Le nom complet du masque, Nboto mw’Emboli, signifie « le paquet d’Emboli, la charge ». La panthère, Ngoy, joue un grand rôle dans la cosmogonie des Kota. Il semble que le décor moucheté noir, blanc et rouge de l’Emboli (ou adjonction d’éléments métalliques comme dans notre exemple) soit un rappel de la peau de la panthère, l’énergie vitale. Le masque est accompagné lors de la danse de tambour de bois et de tambour à deux membranes.

Dénomination : Emboli – Localisation géographique : province de l’Ogooué-Ivindo

Catégorie d’objet : ethnographique – Ethnie : Kota

Hauteur : 58 cm

Ce masque est toujours utilisé dans la zone Kota.

 

 

 

Masque 1 4MASQUE OKUKWE OU OKUYI : Moyen-Ogooué et Ogooué-Maritime              

Ce masque est caractérisé par un motif triangulaire opposé (front/menton) noir et ocre.

Chez les Ngwèmyènè ou Myènè, l’Okukwè est une société fermée masculine. Il dicte les interdits pour réguler la vie sociale. La sortie du masque au village est toujours un événement sinon dramatique, du moins socialement important, dans la mesure où l’homme masqué, initié de l’Okukwé, connaît bien toutes les palabres du village et les dévoile publiquement.

Le masque apparaît en plein jour dans la cour du village, lors des événements importants de la vie collective : l’initiation des jeunes gens à la vie d’adulte ; les obsèques ou les funérailles d’un haut initié, d’un membre influent de lignage ou encore d’un chef important ; les cérémonies marquant la naissance ou la mort de jumeaux ou de leurs géniteurs. Il intervient également pour le dénouement d’une affaire fâcheuse.

L’Okukwè a plusieurs noms : ’’Ezogha Tata Mpolo’’ (Grand Chef) ou ’’Ezoma Zanomé’’ (Grand Mâle).

Le masque porte :

• un tissu de Inimba (raphia) censé le protéger contre tous les maléfices.

• une peau de genette : symbole de protection et de clairvoyance ;

• des rameaux de Oyila ou palmier à huile : sorte de sceptre, symbole de pouvoir et de discipline.

La musique qui accompagne la danse est composée :

• d’instruments à membranes comme le grand tam-tam mâle (Ngoma-Mpolo), battu avec les deux mains et le tam-tam moyen (Okendo), battu avec une baguette et une main ;

• d’instruments à percussion tels que l’Owaka comportant une caisse de résonance et battu à l’aide de deux baguettes en bois ;

• d’aérophones tels que le Mpudji, la corne d’appel dans laquelle on souffle pour entrer en communication avec les êtres invisibles (esprits, génies) et les invités.

Dénomination : Okukwé – Localisation géographique : province du Moyen-Ogooué et de l’Ogooué-Maritime

Catégorie d’objet : ethnographique – Ethnie : Myéné, Galoa, Adjumba, Orungu, Nkomi, Mpongwé

Hauteur : 37 cm

 

 

Masque 1MASQUE NGIL : Woleu-Ntem

Le Ngil est une institution de cohésion sociale qui existait avant la pénétration européenne. À l’instar du So, composante initiatique, le Ngil est la face administrative du Mélan, la religion primitive fang.

Le Ngil prévient les conflits sociaux, officie les ordalies, détermine les lieux d’implantation des villages, et fixe les saisons et les lois d’exploitation des terres et autres espaces domestiques tels que les rivières. Le Ngil veille également au bon déroulement des initiations.

Il semblerait que le masque soit une transposition du rite Ngil. Il est peut-être une matérialisation du rite. La première mention du masque est faite par Tessmann et P Trilles à la fin du 19èmesiècle.

D’un point de vue plastique, le masque oscille entre réalisme et abstraction des formes. Le tout donnant à la pièce l’allure d’un masque monté. De face un visage d’homme à l’allure simiesque et de profil un visage d’animal profilant un visage d’homme. La figure se construit autour de cet étrange jeu de miroirs et entre des formes animales et des formes humaines. Le masque révèle une vérité qui n’est pas celle de l’humain, ni de l’animal ; une vérité qui existe dans le jeu de la couleur blanche : le sacré.

Il existe actuellement plusieurs variantes de ce masque : grand et petit modèle. Une constance se dégage. En progressant vers l’Ogooué et sous l’action conjuguée de la mue culturelle, ce masque a perdu du volume. Une première modification peut-être attribuée à son interdiction par l’administration coloniale. Une autre tient aux contraintes avec les autres peuples de l’Ogooué. Il n’est pas non plus exclu une évolution stylistique liée aux sous groupes d’usage.

Dénomination : Ngil – Localisation géographique : province du Woleu-Ntem

Catégorie d’objet : ethnographique – Ethnie : Fang (Ntumu)

Période de fabrication : à la veille des rites d’initiation

Hauteur : 66cm

 

Masque 1 5MASQUE NGON’ TANG : Estuaire

Ce type de masque existe depuis les années 1920 dans les régions de l’estuaire et du Moyen-Ogooué. Il aurait un équivalent dans la région du Woleu-Ntem appelé « Nzubiyang ».

Le Ngon’ Tang suppléerait la disparition du Ngil et du Byèri, tout comme le Bikereu et l’Ekekek

Les masques Ngon’ Tang ont la particularité de présenter plusieurs visages, peints en blanc et aux traits fins. Ils représentent un esprit du monde des défunts, qui viendrait d’au-delà de la mer, du « Pays des blancs ». La multiplicité des visages évoque le don de clairvoyance de l’esprit représenté.

Du point de vue plastique, ce masque a une forte valeur poétique car il implique un regard de la totalité à partir d’un détail : les quatre figures sont autonomes mais se complètent.

Littéralement l’expression ’’Ngon’ Tang’’ signifie en Okak, un des parlés fang du Gabon « La Femme Blanche ». Le «Ngon» signifie effectivement «la lune», un principe féminin. Par analogie du cycle lunaire aux âges de la femme, ce masque est une transcription de la féminité, une magnificence de la femme dans la société fang. Il intervient lors des principaux évènements du cycle de la vie : naissance, mariage, mort. Les quatre faces, si elles peuvent évoquer la clairvoyance du masque, correspondent également à une représentation des quatre phases lunaires.

Il existe plusieurs variantes de Ngon’Tang, à une, deux, trois faces.

La danse est accompagnée par des tambours de bois, un tambour à membrane mbé, des sonnailles, des grelots et une trompe faite d’une corne.

Dénomination : Ngon ntang – Localisation géographique : province de l’Estuaire

Catégorie d’objet : clanique – Ethnie : Fang

Période de fabrication : à l’approche des cérémonies de réjouissance

Fabricant : sculpteur initié du groupe – Hauteur : 39 cm

 

Masque 1 6MASQUE PUNU OU ITENGUI -I – MUKUDJI : Nyanga  et Ngounié

Littéralement Mukudji veut dire « danse sur échasses ». Lors de l’exécution de la danse, le danseur porte un masque blanc dit itengui (objet). Itengui i Mukudji désigne l’ensemble constitué : l’objet (masque), le costume (raphia), les échasses et l’esprit.

Mukudji est un masque blanc figurant une femme aux yeux en amande légèrement rabattus ; une femme en état de songe.

Ce qui caractérise particulièrement ce masque, ce sont les accessoires ornementaux : une lourde coiffure, les miroirs (scarifications), le boudjala (la natte) et les échasses.

Le visage, au front bombé, est surmonté d’une lourde coiffure de tresses en coques telles que portaient autrefois les femmes Punu, et qui traduit le statut social : mariée, veuve, mère de jumeaux, femme engagée. Le blanc renvoie à l’au-delà ; le rouge au souffle de la vie.

Des scarifications, transposition plastique des écailles et, plus tard du miroir, confirment l’origine des milieux aquatiques des formes. Les propriétés visuelles que sont la transparence, le jeu de reflet ou de dédoublement ; deux propriétés qui ne sont pas sans écho à une qualité spirituelle haute recherchée : la quête de l’identité et clairvoyance ou élévation.

Quant au symbolisme de ces scarifications, elles évoquent la séparation des neufs clans d’origine sur les rives du Congo.

Boudjala, le raphia, c’est la natte historique qui sauve le peuple Badjag (Punu) des eaux tumultueuses du Congo.

Les échasses, subterfuge des Pygmées, renvoient au contrat social avec ce dernier peuple.

Mukudji parcourt le village en exécutant d’impressionnantes figures acrobatiques tout en feignant de menacer la foule de ses deux myandzu, communément appelés «chasse-mouches», symboles de sagesse et d’autorité.

Traditionnellement la danse, réservée aux hommes, est interdite aux femmes et aux enfants : lors de l’apparition du masque, ils se précipitent à l’intérieur des maisons pour ne pas le voir de près.

Dénomination : Itengui-i-mukudji – Localisation géographique : provinces de la Nyanga et de la Ngounié

Catégorie d’objet : ethnographique – Ethnie : Punu

Période de fabrication : à la veille des cérémonies

Hauteur : 33cm

 

Masque 1 7MASQUE TSOGHO : Ngounié

Matériaux de fabrication : bois tendre (Ricinodendron Africanum Muell. Arg.) argile blanche, charbon, graines rouges de rocouyer, peau de singe colobe (Colobus satanas Waterhouse), liane, clous.

Dénomination : Oso – Localisation : Ngounié

Catégorie d’objet : ethnographique

Ce masque représente une entité mâle qui apparaît à l’aube dans les rites du Bwiti ; rites de passages, rites de mort et de deuil.

 

Masque 1 8MASQUE NZEBI : Ogooué-Lolo

Le Mukuyi et le Mvudi.
Selon les régions, ces deux masques semblent être influencés par les apports des groupes ethniques voisins ; qu’ils s‘agissent des Badouma dans l’Ogooué-Lolo avec leur Mbudi ou des Punu dans la Ngounié avec le Mukudji

Dénomination : Mukuyi – Localisation géographique : provinces de la Ngounié et de l’Ogooué-Lolo

Catégorie d’objet : ethnographique – Ethnie : Nzébi

Hauteur : 30 cm